"Un compte rendu de cet ordre devrait embrasser également l'évolution des conceptions relatives au crime politique et à l'asile politique, à la justiciabilité des actes politiques et des décisions politiques prises selon une procédure judiciaire ; il devrait inclure jusqu'à la question de fond, celle du procès en justice proprement dit, c'est-à-dire examiner dans quelle mesure la procédure judiciaire en tant que telle modifie à elle seule la matière de son objet en la faisant passer à un autre état."

Carl Schmitt, préface à La notion de politique (1963).

lundi 3 novembre 2014

Sexualité, génétique et famille L’homoparentalité en question


Mère porteuse, père donneur de sperme, échange des rôles entre homme et femme, adoption de l’enfant d’un autre, toutes ses institutions étaient de très longues dates déjà présentes dans le Droit. Mais elles servaient dans le cadre de la famille clanique, et pour sa perpétuation. Il a fallu la désagrégation du clan, structure sociale élémentaire, qui s’est opérée sous le coup de la montée de l’égalité entre les sexes, au moyen du mariage, érigé en modèle familial alternatif, pour que ces instruments, désormais sortis du cadre pour lequel ils avaient été élaborés, servent les fins du ménage homosexuel, lui-même rendu possible par une conception extrémiste de l’égalité. Aussi le mariage tel que nous le connaissons, le mariage égalitaire, et même le couple parental égalitaire, bien loin de représenter le modèle adverse du couple homosexuel, en constitue-t-il bien plutôt le tremplin.

1.         L’union matrimoniale entre personnes de même sexe est maintenant un donné de la législation française. Quoique la polémique ne soit pas éteinte pour autant, elle tend naturellement à se déplacer sur la question connexe de la parentalité homosexuelle. Il ne pourra en résulter qu’une clarification de la situation, car il était artificiel de distinguer la filiation du mariage, qui y a toujours trouvé sa seule raison d’être. Mais il faut bien noter que la question ne se pose plus dans les mêmes termes. Juridiquement, les termes du problème sont mêmes inversés. Le mariage homosexuel présupposait, plus qu’il ne réalisait, une parfaite égalité de condition juridique entre homme et femme, égalité allant même jusqu’à l’indifférenciation. Au contraire, la parentalité homosexuelle maintient une différenciation des rôles parentaux qu’au demeurant elle est encore, en l’état actuel des choses, bien obligée d’accepter. L’enfant est génétiquement issu, à part égales, d’une cellule mâle et d’une cellule femelle. On n’a donc pas suffisamment remarqué que la parentalité homosexuelle, si elle suppose, on l’a dit, une préalable égalité de statut entre les deux sexes, n’entraîne pas une parfaite indifférenciation des rôles parentaux, qui demeurent sexués.

jeudi 11 septembre 2014

Affaire Werlet : de la liberté d’expression à la police de la pensée

Le 11 septembre 2014 la XVIIème chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris a condamné Thomas Werlet, directeur de la publication du site internet Le National émancipé, pour provocation à la haine raciale, prétendument à cause de la publication d’un article relatif à la mémoire de l’amiral Horty, en réalité pour délit d’opinion.

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mercredi 30 juillet 2014

Faits survenus au détriment de Nawar DARWICH

A l’aube du 4 aout 2013, à 04h30, dans la Région de Lataquieh Nord, les villages d’Hanbouchieh, d’Inbata, de Ballouta, de Barmasa, de Baroudeh et d’al kharrata étaient envahis par des bandes armées appartenant aux groupes criminels de « Jabhat Annousra » et de ladite « Armée Syrienne Libre ».
Ils livraient les villages aux flammes et à la destruction. Ils tuaient ou enlevaient hommes, femmes, enfants et vieillards.
Nawar DARWICH était alors à Lataquieh. A 5h30 il recevait un appel téléphonique de sa soeur Fatima passé du village d’Alhambouchiyeh. Hurlant et pleurant, elle lui disait que les terroristes avaient encerclé leur village. Il entendait en même temps des tirs intensifs d’armes à feu. Sa sœur l’informait que les terroristes avaient égorgé leur voisin et parent Wahib MARIAM. Soudain Fatima DARWICH se mettait à appeler son frère en hurlant, avant de s’effondrer, lui disant avoir été touchée par une balle. La communication était coupée et Nawar DARWICH ne parvenait pas à rétablir le contact.
Il essayait encore de joindre son frère Barakat DARWICH, sans plus de succès. Il partait aussitôt pour son village, accompagné de son ami Basel AHMAD. En partant, sur le téléphone de son frère, il parvenait à joindre la femme de ce dernier qui lui répondait dans un état de panique et en pleurs. Elle l’informait de ce que les terroristes avaient égorgé son mari, ainsi que sa propre sœur Haifaa. Elle se tenait cachée dans sa maison, encerclée de tous côtés. Nawar tentait à plusieurs reprises de rappeler sa belle-sœur, sans succès.
Il essayait également de joindre plusieurs autres personnes de son village. Sur le téléphone de son frère Yazan, un inconnu décrochait qui lui demandait ce qu’il voulait. Nawar lui répondait vouloir parler à son frère. Son interlocuteur lui disait l’avoir égorgé, et lui proposait de venir récupérer le corps. Sur le refus de Nawar, l’inconnu déversait un flot d’insultes contre lui et contre tous les alaouites, puis raccrochait.
Arrivés au village d’Obein, vers 10h00 du matin, Nawar et son compagnon étaient contraints de rebrousser chemin, les terroristes ayant occupé de nombreux villages.
Après le départ des terroristes, Nawar partait à la recherche de ses parents. Sa maison, située à l’entrée du village, était en grande partie détruite. Il en parcourait les pièces désertes. Il montait sur le toit. Là il avait le choc d’y découvrir les cadavres de sa mère, de sa sœur Fatima, de sa nièce Rim et de son frère Yazan. Il ne retrouvait les autres membres de sa famille. Quelque temps plus tard seulement, l’Armée Arabe Syrienne découvrait un charnier dans le village, et il pouvait y reconnaitre le corps de son père Ali, et celui de Son frère Barakat.
Monsieur Nawar DARWICH perdait son père Ali, 85 ou 90 ans, et sa mère, Minna, 60 ans, son frère Mohammed, 30 ans, était enlevé, et ses frères et soeurs, Chama , Fatima, 23 ans, Yazan, 19 ans, et Barakat, 50 ans, étaient tués ; l’épouse de ce dernier, Hasna, était enlevée, dont la propre sœur, Haifaa, 30 ans, était tuée, et dont les trois enfants Ali, Abdelkarim et Abir étaient enlevés ; il perdait aussi son grand-oncle maternel, Imad CHEIKH IBRAHIM, la femme de ce dernier, Mouna, étaient enlevée, leurs filles Lotus, Samara et Inaam, et leurs fils Bachar, Jaafar et Ahmad, étaient enlevés, et leur fille Marah, 17 ans, était assassinée ; il perdait aussi son oncle Charif, 80 ans, la femme de ce dernier, Mounira, 70 ans, ainsi que leur fils Mounif, 50 ans, dont la femme, Dawlat, 45 ans, était enlevée avec sa fille Rouwane, 20 ans, leur second fils Mounzer, 36 ans, était enlevé avec sa femme Hala, 34 ans, enceinte, et leurs deux enfants Bana, 4 ans, et Sham, 2 ans ; Nawar perdait enfin ses neveux Issam, Rim, 20 ans, Safwan et Chableh.
 
La tante de Nawar, sœur de Thabet, Dalal,46 ans, était enlevée avec Salloum MARIAM, 50 ans, son époux, le fils de ces derniers, Hamzeh, 17 ans, était tué. Taher, 80 ans, frère de Salloum MARIAM, était tué, et sa femme Nadera, 70 ans, enlevée, Ibrahim, 75 ans, second frère de Salloum, était tué, et sa femme, Wajiha, 70 ans, enlevée. Dans la famille MARIAM, les frères Yasser, 38 ans, et Wahib, 50 ans, étaient tués, la femme de ce dernier, Karima CHEKOUHI, 45 ans, était enlevée, avec ses deux filles, Faten, 26 ans, et Wedad, 25 ans, tandis que ses fils, Adel, 30 ans, et Wael, 28 ans, étaient tués, la femme de ce dernier, Elene, 26 ans, était enlevée avec leurs deux filles Douaa, 5 ans, et Alaa, 3 ans.
 
L’épouse de Ahmad MARIAM, Lamia CHEHADE, 60 ans, était tuée, leurs trois enfants, Asrar, 27 ans, Narjess, 29 ans, et Intissar, 32 ans, ainsi que leur petit-fils Jaafar ISMAIL, 2 ans, étaient enlevés.
Rifaat MARIAM, 75 ans, était tué, sa femme Kheizeran, 55 ans, enlevée, leur fils Ayman, 35 ans, tué aussi, alors que l’épouse de ce dernier, Lina, 35 ans, était enlevée avec ses cinq enfants Ahmad, Farah, Marah, Mohamad et Dalaa.
L’épouse de Bassem MARIAM, Fadia YASSINE,30 ans, était tuée avec ses trois enfants, Hussein, Furat et Mais.
L’épouse de Fayad MARIAM, Wissam TREBOUCHE, 35 ans, était tuée avec ses deux nouveaux-nés Marah et Hala, et ses deux fils, Ghaydak et Haidar étaient enlevés.
Dans la famille CHEKOUHI, alliée des MARIAM, l’épouse de Tamer, Nazira ARIFO, 90 ans, était enlevée, son fils, Fadl, 80 ans, était tué avec son épouse Wathifa, 50 ans, tandis que les trois enfants de ses derniers, Afaf, 25 ans, Kinana, 27 ans, et Moustafa, 24 ans, étaient enlevés, son autre fils Hani, 45 ans, était aussi tué et sa propre épouse Wissal NASSER, 40 ans, enlevée avec leurs deux enfants Tamer, 3 ans, et Tim, 1 ans.
 
Dans la famille TREBOUCHE, elle aussi alliée des MARIAM, Khoudr, 13 ans, était enlevé. Enfin dans la famille HAIDAR, elle encore alliée des MARIAM, Yazan, 9 ou 11 ans, était enlevé.
 
 

Genèse de la crise syrienne (2011-2012)

En Tunisie, sous prétexte du suicide, le 17 décembre 2010, d’un vendeur de fruits et légumes ambulants, une succession de manifestations plus ou moins spontanées mélées de graves troubles à l’ordre public, conduisaient de manière confuse à la fuite, le 14 janvier 2011, du Président tunisien Ben Ali. S’en suivaient des évènements similaires en Egypte puis en Lybie, phénomène présenté comme un embrasement de partie des pays du Maghreb et du Proche-Orient, qu’on a dénommé « printemps arabes ». Le 11 février de la même année le Président Egyptien Hosni Moubarak démissionnait. En Lybie, une coalition composée des Etats-Unis, du Royaume-Uni, du Canada et de la France intervenait en mars, et le pays basculait dans la guerre civile.
 
Cependant, en Syrie, nation multiconfessionnelle, les premiers appels, réitérés chaque vendredi au sortir de la prière, à manifester pour obtenir le départ du Président Bachar AL ASSAD, stigmatisé comme alaouite, demeuraient d’abord sans effet. Puis, en l’espace de dix jours, suite à deux manifestations ayant bien eu lieu dans la ville de Deraa, les 15 et 16 mars, tardivement donc, plus laborieusement qu’en Tunisie ou qu’en Egypte, les évènements commençaient. A Deraa donc, le 16 mars, lors d’une manifestation de fonctionnaires revendiquant une augmentation de leur traitement, on comptait des morts et des blessés par balles, tant côté forces de l’ordre que côté manifestants. Où l’on peut soupçonner, comme en Egypte, le fait de mystérieux tireurs d’élite. Et la rumeur se répandait d’enfants arrêtés et torturés par la police pour avoir taggué un slogan hostile au chef de l’Etat. Des chaines de télévision saoudiennes et qatariennes diffusaient des scènes de manifestations de masse sensées essaimer dans tout le pays, des sectes islamistes tentaient de dresser la population sunnite contre les chrétiens, chiites et alaouites, tandis que de petits groupes armés commençaient de semer la terreur.
 
En l’espace de six mois la nation syrienne allait entrer dans les convulsions de la crise dont elle n’est toujours pas sortie à ce jour. Tout en assurant le maintien de l’ordre public, les gouvernements successifs promettaient et engageaient des réformes, et en gage de volonté d’apaisement plusieurs amnisties générales étaient prononcées par le Président, qui libéraient toutes les personnes arrêtées dans le cadre de la répression des manifestations (14 avril, 31 mai, 21 juin et plus tard encore, le 15 novembre). Mais semaine après semaine les choses allaient prenant une tournure de plus en plus tragique. Le 6 juin 2011 plus de cent vingt agents des forces de l’ordre mourraient à Jisr al-Choughour. Eté 2011 l’on voyait se multiplier les bandes armées. S’affirmait également, et ce dès le départ, la dimension hautement internationale du conflit. Pays stratégiquement situé, riche de ressources énergétiques (gaz et pétrole), fier d’une indépendance âprement conquise, d’une guerre mondiale l’autre, sur une armée d’occupation française qui croyait pouvoir succéder à l’Ottoman, aussitôt, dès 1948, pris dans le conflit régional, la Syrie était depuis 2001 l’objet de pressions internationales grandissantes. Les Etats-Unis d’Amérique, l’Angleterre et la France s’opposaient, au sein du conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU), à la Russie et à la Chine (résolution occidentale repoussée le 27 avril 2011, le 3 août 2011, le 4 octobre 2011, le 4 février 2012, le 19 juillet 2012). Entraient en scène la Commission des droits de l’Homme de l’ONU et Human Rights Watch (rapports du 1er juin 2011, 11 novembre 2011, 15 décembre 2011 et 3 juillet 2012). Insistons enfin, dimension essentielle du conflit, sur l’intense propagande à laquelle se livraient depuis l’étranger certains responsables religieux, ce qui commençait d’entraîner, dès avant septembre 2011, l’entrée clandestine en Syrie, depuis la Turquie, l’Irak, la Jordanie et le Liban, d’étrangers venus de tous pays (plus de 80 nationalités différentes ont été recensées). En septembre 2011 le conflit se durcit de l’arrivée en Syrie de terroristes Lybiens.
 
En octobre 2011 on menaçait déjà la Syrie d’une intervention militaire directe de la part de l’OTAN. le 24 octobre les Etats Unis d’Amérique rappellent leur ambassadeur. Le 28 octobre 2011 « l’opposition » demandait à la communauté internationale « une zone d’exclusion aérienne », comme en Lybie, pays dont le chef venait de mourir sauvagement assassiné (le 20 octobre) lors d’un raid de l’OTAN soigneusement filmé et montré au monde entier. Le 12 novembre 2011 la Syrie était suspendue de la Ligue arabe, et Turquie et Jordanie appelaient au départ du Président Bachar AL ASSAD.
 
Depuis l’été 2011, mais plus encore à partir de l’automne 2011, l’armée syrienne s’était engagée dans des combats stratégiques contre la rébellion, avec notamment le siège de BABA AMR, quartier populaire de HOMS, quasi-vidé de ses habitants, où se regroupaient la plupart des takfiristes syriens. Ils proclamaient un émirat islamique en février 2012. BABA AMR était repris, le 1er mars 2011, marquant l’échec de la tentative de reproduire le scénario Lybien, et, avec l’emprisonnement des takfiristes, la fin de cette phase des combats. Mais les vagues incessantes de terroristes venus de l’étranger faisaient que le conflit allait s’éternisant, car entre temps les attentats s’étaient multipliés, semant la terreur dans tout le pays. Les attentats du 23 décembre 2011, du 6 janvier 2012 et du 10 février 2012 portaient déjà la signature d’un certain terrorisme. Le 11 février 2012, lendemain donc du dernier de cette série (qui continuera : 17 mars 2012, 27 avril 2012, 22 février 2013 etc.), le chef d’Al Qaida déclarait son soutien à la rébellion contre le Président Bachar AL ASSAD. Et le surlendemain, le 12 février donc, la Ligue arabe annonçait son intention d’armer l’insurrection.
 
Le 28 mars 2012 le Président Bachar AL ASSAD acceptait le plan de paix dressé par l’envoyé spécial du Conseil de sécurité de l’ONU. La légitimité du régime syrien ne pouvait plus être sérieusement contestée et l’ordre devait être rétabli, le conflit prenant nettement la noire tournure d’une lutte contre un terrorisme frappant aveuglément et orchestrant, de manière très médiatique, une violence à outrance que tantôt l’on impute au pouvoir pour dresser les esprits contre lui, tantôt que l’on revendique comme un trophée destiné à effrayer (massacres du 25 mai 2012, apparition d’un « Front Jabhat Al-Nosra », affilié à Al-Qaïda).

Génocide des chrétiens d’Orient : demandes de réparation à l’Etat français

Paris, le 30 juillet 2014 – Des chrétiens survivants des massacres et des déportations de populations ayant eu lieu en 2013 à HOMS et à MAALOULA, auxquels se sont joints des victimes alaouites de LATAQUIEH, ont demandé réparation à l’Etat français, pour les faits commis par Laurent FABIUS, ministre des affaires étrangères, qui n’a eu de cesse d’attaquer l’Etat syrien et de faire la promotion du terrorisme, en particulier de l’organisation islamiste Al Nosra, issue de l’EIIL.
Au dépôt d’une requête devant le Tribunal administratif de Paris, les ressortissants syriens, dont les proches parents ont été assassinés ou enlevés, ont ajouté de nouvelles plaintes contre le ministre devant la Cour de Justice de la République, pour terrorisme. De précédentes plaintes ayant été classées en novembre dernier les plaignants ont également écrit au Procureur Général près la Cour de cassation en lui demandant de prendre des réquisitions.
Depuis fin 2010, début dudit « printemps arabe », en Syrie, nation multiconfessionnelle, des sectes islamistes tentaient de dresser la population sunnite contre les chrétiens, les alaouites et les autres minorités. Le 12 décembre 2012, à Marrakech, Laurent Fabius critiquait la décision des Etats-Unis de placer le Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaida, sur leur liste des organisations terroristes, estimant qu’en Syrie Al-Nosra « fait du bon boulot ».
Cette même organisation islamiste dévastait, pillait, incendiait, torturait, convertissait de force à l’Islam, massacrait ou capturait les habitants pour les réduire en esclavage, à LATAQUIEH, dans plusieurs villages alaouites, le 4 août 2013, à MAALOULA, village chrétien araméen, le matin du 5 septembre 2013, enfin dans la région de HOMS, les 10 septembre et 21 octobre 2013, dans une volonté de déracinement génocidaire.

voir Genèse de la crise syrienne (2011-2012)

vendredi 13 juin 2014

Qualifié de « groupuscule néonazi », le Parti Solidaire Français de Thomas WERLET poursuit le quotidien L’Humanité au pénal



Pour aller plus loin.

Les propos incriminés figurent dans un article, qui visait principalement Dieudonné et le Théâtre de la Main d’Or, et signé Jean-Yves CAMUS (ce dernier pour sa part s’est rétracté, et par conséquent ne sera pas poursuivi par le PSF). Il peut n’être pas inutile de rappeler le contexte dans lequel est paru l’article en cause, le 17 janvier 2014.
            Le lecteur se souvient sans doute de la journée du 9 janvier 2014. « Le Mur » était programmé pour le soir-même, à Nantes. Le matin le Tribunal administratif annulait l’arrêté du Préfet, qui, appliquant la circulaire Valls rendue six jours avant et dirigée directement contre un Dieudonné accusé d’antisémitisme, venait d’interdire le spectacle. Quelques heures après, dans un de ses maelströms qui marquent un moment historique, le Conseil d’Etat invalidait l’ordonnance du Tribunal, ce qui, par réaction, redonnait force à l’arrêté préfectoral : Valls triomphait. Depuis des mois, et allant crescendo jusqu’en décembre, le son du cor lançait la grande meute des médias mainstream sur l’artiste. Le soir du 9, on tenait l’hallali pour très proche. Et dans les jours qui suivirent, se fut la curée.
L’article incriminé a participé de cette chasse à l’homme. Il est bon, le calme (provisoirement) revenu, d’envisager de plus près un détail de l’évènement, et d’observer le travail de nos médias. Dans une manière d’exercice d’école (de journalisme), selon la forme des cases studies. Où l’on pourra voir quel son, isolés du brouhaha de la meute, rendent les aboiements du chien isolé.
Le théâtre de la Main d’or utilisé à des fins antisémites
            L’article a pour titre : « L’entrepreneur de meetings politiques n’est qu’un faux ami de la liberté d’expression ». Commençons précisément par ce titre. Comme je l’ai déjà expliqué ailleurs, il sonne comme une condamnation à mort pour l’humoriste Dieudonné. En effet, lorsque Dieudonné est Dieudonné l’artiste, tout lui est permis. L’Art excuse tout. C’est la magie de la fiction. Tandis que sorti du spectacle, retombé dans le monde réel, chaque fait peut être imputé à reproche à son auteur.
            Seul nous retiendra ici le deuxième alinéa, l’alinéa central de l’article. Il vise à en justifier le titre. La même formule y figure d’ailleurs (« Dieudonné est désormais un entrepreneur de meetings politiques »), et tout le sens de cet alinéa est de démontrer que Dieudonné n’est vraiment plus un artiste, mais, donc, un entrepreneur de meetings politiques.
            Et Jean-Yves Camus, l’auteur de l’article, énonce trois catégories de faits censés justifier son propos : 1°) la répétition de propos antijuifs, 2°) la présence aux représentations de figures connues des droites radicales, et 3°) la licence donnée à d’autres antisémites avérés d’utiliser le théâtre pour y distiller leur message.
            De ces trois éléments, seul le dernier est important. Le premier peut passer lorsque l’artiste joue sur scène le personnage d’Hitler, un fou furieux ou un quelconque antisémite. Le second est puéril : si une figure des droites radicales paie sa place, rien ne lui interdit de se rendre aux spectacles, qui restent des spectacles. En outre, ces deux genres de faits n’ont qu’un rapport lâche avec le propos central.
Le troisième, en revanche, est crucial. Les mots employés, d’ailleurs, ainsi que l’usage qui en est fait, ne laissent aucun doute : nous sommes au cœur de l’article. L’auteur y joue sur les mots : la « licence », c’est à la fois la permission, l’autorisation et le pire dévergondage. « Distiller », pour un message, est péjoratif, la haine se distille, plutôt que l’amitié ou l’amour. Et, surtout, le mot « antisémite » est lancé. Même le fait de parler d’« autres » antisémites suggère que ceux qui viennent sont pires que Dieudonné lui-même.
Le meeting néonazi
Mais l’auteur n’invoque, pour étayer son grave propos, qu’un seul fait précis et circonstancié :
Le 10 janvier, les néonazis du Parti solidaire français ont projeté au Théâtre de la Main d’or un film coproduit par la chaîne de télévision iranienne Sahar TV, interdite en France par le CSA dès 2005.
La phrase est ressentie à la lecture comme destinée à servir d’illustration et d’argument massue au propos qui la précède. Le lien est évident entre le PSF et ses antisémites qui distillent leur message.
Rien d’autre. Le cœur de l’article était bien là. Peut-être serait-il bon, alors, d’y regarder d’un peu plus près. Et de rétablir la vérité sur le fait du 10 janvier (le lendemain du 9, donc en pleine crise) et sur ses acteurs. Admirons la technique de manipulation : elle tient autant aux vérités omises qu’aux mensonges proférés.
En fait de meeting il s’agissait de la projection, suivie d’un débat, d’un film réalisé par une classe d’étudiants en art cinématographique de l’Université d’Isphahan en Iran. Le film, que l’on peut visionner sur internet, porte sur l’Irak occupé par l’armée US. Qu’on le regarde, et qu’on en juge. Il appartient incontestablement au cinéma d’auteur et n’a rien à voir avec une sous-production idéologique. De cela, rien n’est dit. On laisse le lecteur imaginer le pire.
Le film avait été déjà projeté lors d’un festival cinématographique à Téhéran. Mais rien ne permettait de dire qu’il avait été produit ou même coproduit par SAHAR TV (et quand bien même !). Et ce n’était même pas le Parti Solidaire Français qui organisait cette projection, mais le National Emancipé (organe de presse du précédent, il est vrai, mais soyons précis).
Quant audit PSF, ses membres se sont sentis dénigrés d’être qualifiés de néonazis. Expression surprenante, au demeurant, sous la plume d’un chercheur en sciences sociales. Mais peut-être l’auteur voudra-t-il préciser l’extension qu’il entend donner à ce concept, ainsi que ce qu’il croit que sont réellement les membres du PSF… désigné aussi de l’expression de « groupuscule de ce genre », qui est méprisante, on en conviendra. Thomas WERLET, son président, a donc choisi de conduire L’Humanité devant les tribunaux.

Damien VIGUIER

Avocat à la Cour – Docteur en Droit